Les différents biotopes et leurs relations avec l'homme

Le point commun de ces biotopes est qu'ils sont peu ou prou l'oeuvre de l'homme, et essentiellement à son service, bien que celui-ci les ait passablement délaissés depuis quelques décennies. C'est pourquoi il paraît intéressant de rappeler leur utilité originelle, ainsi que leurs relations - bonnes ou mauvaises - avec l'homme.

Les haies

Elément typique du paysage de bocage, la haie a dès l'origine une double vocation : séparation et délimitation des parcelles d'une part, protection des cultures contre le vent et les intempéries d'autre part.

Constituée d'espèces arbustives à renouvellement rapide, elle a longtemps eu pour l'homme un rôle vivrier comme source de petit bois de chauffage et de nourriture : plantes et fruits sauvages, oiseaux chanteurs qui y nichent, améliorent l'ordinaire des populations constituant le prolétariat paysan.

Elle est la première à avoir fait les frais des opérations de remembrement qui, en regroupant les parcelles, ont permis la culture mécanisée sur de grandes surfaces, et l'augmentation des rendements agricoles rendue nécessaire par la croissance de la population. Dans le paysage d'open field, plus besoin de ces clôtures vivantes et encombrantes, d'autant que leur rôle alimentaire s'est perdu avec l'élévation du niveau de vie moyen des campagnes.

Reste le rôle de protection contre les intempéries dans lequel elle n'a pas été remplacée : nos grands-parents n'ont que rarement vu des champs ravagés par un coup de vent ou un orage, car la petite taille de leurs parcelles et leurs haies limitaient les dégâts. D'ailleurs, c'est une chose que les régions de grand vent n'ont pas perdu de vue : dans la basse vallée du Rhône et en Camargue, on maintient de hautes haies de bambous et des parcelles taille réduite.

Les chemins

Dans un paysage où l'homme se déplace à pied, à cheval ou avec diverses sortes d'engins à traction animale, les chemins sont tracés au plus court pour joindre des parcelles éparpillées, rapprocher des villages les fermes éloignées.

Le chemin creux est, comme son nom l'indique, encaissé entre deux talus, eux-même surmontés de haies ou d'arbres. Outre le fait qu'il procure à celui qui l'emprunte ombre et protection contre le vent, il a aussi une vocation de collecteur des eaux de ruissellement, au même titre que les fossés.

Le regroupement des parcelles a absorbé beaucoup de chemins et en a rendu inutiles beaucoup d'autres. L'usage d'engins motorisés rend moins critique la notion de distance : on préfère faire un détour et passer par la route que prendre le vieux chemin. Qui plus est, le travail agricole ne laisse plus de place (et surtout de temps) aux tâches d'entretien secondaires : le chemin n'est plus nécessaire donc il retourne rapidement à l'état de friche, quand il n'est pas purement et simplement "annexé" par le champ qu'il longe (cf. Les mangeux d'terre).

Les bords de route, les talus et les fossés

Les bords de route étaient dans les campagnes le domaine du piéton : on marche sur le bas-côté, on roule sur la chaussée. L'augmentation du trafic - cause ou conséquence du fait qu'on ne se déplace plus beaucoup à pied - a rendu beaucoup moins évidente l'utilité du bas-côté. Ainsi l'élargissement des routes a réduit la place des bords à la portion congrue, avec les risques qu'on perçoit rapidement dès qu'on se trouve à pied ou en vélo sur une route tant soit peu passante.

Les talus, outre le fait de rattraper les différences de niveau, ont avec les fossés un rôle fondamental dans la collecte et le draînage des eaux de pluie. C'est pourquoi ils nécessitent d'être stabilisés pour les premiers - avec le concours de la haie d'ailleurs - et curés pour les seconds.

Ces biotopes ont perdu - du moins dans les consciences - leur intérêt originel, et du même coup, le soin qu'on leur apportait. Jadis entretenus manuellement par les cantonniers, ils sont actuellement l'objet d'un entretien minimal et mécanisé.


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